14 avril 2020

COVID19 – APRES LA CRISE SANITAIRE, LA CRISE ECONOMIQUE ?

Depuis la décision de fermeture au public de certains établissements (bars, restaurants, cinémas, salles de spectacle) le 14 mars et l’obligation de confinement décidée le 16 mars 2020, période prolongée une première fois, puis une seconde, au moins jusqu’au 11 mai 2020, l’activité économique de notre pays est à l’arrêt.

Bien sûr, certains secteurs et certaines activités, non seulement résistent, mais parfois se développent. Les commerces alimentaires, mais aussi les experts-comptables, fortement sollicités par leurs clients pour les accompagner dans le cadre de la mise en place des mesures de chômage partiel.

Mais, si quelques exemples très médiatisés peuvent laisser penser que l’économie se poursuit, la réalité est bien différente.

Que les fermetures aient été rendus obligatoires, fortement conseillées ou doivent s’arrêter faute d’activité ou de clients, force est de constater que si 8 millions de salariés du privé se retrouvent au chômage partiel (et ce chiffre est en constante augmentation), cela signifie que plus de 40 % de l’activité est à l’arrêt total.

Nos états ont fait un choix, privilégier la santé au détriment de l’économie. Cette approche philosophique peut se comprendre, ou pas, mais dans tous les cas, nous sommes tributaires de cette décision, et il nous faut nous préparer compte tenu de ce choix.

Nous préparer, c’est-à-dire préparer l’après. Mais que sera l’après ?

L’Etat a annoncé un plan d’aide massif pour les entreprises. En fait, ce plan vise en grande majorité à élargir les dispositifs de chômage partiel, permettant aux salariés de percevoir une rémunération relativement maintenue et aux entreprises d’éviter les licenciements massifs, mais aussi des reports d’échéances fiscales, sociales, et l’obtention facilitée de prêts bancaires au travers du mécanisme de garantie par la BPI.

Seulement voilà, les reports de charges et les prêts sont des outils pernicieux. Ils permettent aux entreprises d’être, momentanément soulagées, mais l’addition à régler ne fait que s’alourdir.

Une entreprise n’est pas un état. Elle n’est pas destinée à mobiliser sa capacité d’emprunt pour faire face à un ralentissement d’activité ; sa capacité d’emprunt, elle la consacre, généralement, à ses projets d’investissement, de croissance, de développement.

Alors, certes l’Etat, au travers les dispositifs qu’il a mis en place dans l’urgence aura certainement permis à de nombreuses entreprises de ne pas se retrouver en cessation de paiement.

Mais la véritable question, c’est l’après.

D’abord, l’après c’est quand ?

Si on écoute le Président de la République dans son discours du 13 avril 2020, le déconfinement interviendrait, progressivement, dès le 11 mai 2020.

En particulier, la réouverture des crèches, écoles, collèges et lycées. En d’autres termes, le seul moyen pour que les salariés, entreprises et fonctionnaires retournent au travail.

Mais l’arbre en cache-t-il pas la forêt ? Dès le 14 avril, plusieurs intervenants modèrent la parole présidentielle. Le Ministre de l’Education Nationale qui annonce que le 11 mai est un objectif, mais que les modalités pratiques seront arrêtées dans les deux semaines à venir (donc fin avril). Les syndicats des enseignants estimant que cette décision est trop rapide, que les établissements ne sont pas prêts, pas équipés, ou mieux encore, certains se demandent l’intérêt d’une reprise de l’école le 11 mai pour une période aussi courte (7 semaines avant les sacro-saintes vacances).

Alors, ne soyons pas dupes, ne nous laissons pas bercer dans les illusions d’une communication doucereuse, et agissons face à la seule certitude que nous puissions avoir : la nécessaire anticipation de lourdes conséquences économiques de cet état d’urgence sanitaire.

Lorsque l’économie, à l’instar d’un vieux moteur diesel va repartir, ce ne sera que de timides soubresauts.

Deux mois entiers, voire plus, de confinement strict, ne va pas susciter chez les Français une appétence consommatrice dignes d’un black Friday.

L’incertitude évidente que chacun aura en tête sur un possible épisode 2 du confinement va nécessairement inciter les français à la prudence, et il est assez probable que les achats de véhicules, de biens d’équipements, de logements….restent assez faibles.

Mais l’activité aura repris, et donc, les faibles mesures de soutien s’arrêteront. Les délais de report de charges recommenceront à courir, l’échéance du premier remboursement des emprunts COVID se dessinera et l’on sait déjà que les salariés ne travailleront pas plus, ou pour moins cher.

L’issue est donc inéluctable : mesures d’économies dans les entreprises et si ce n’est pas suffisant, procédures collectives.

On nous parle sans arrêt des usines, de l’investissement industriel, de la recherche en matière industrielle, mais n’oublions pas qu’en France, la répartition des secteurs économiques est constituée à plus de 77 % d’entreprises du secteur tertiaire, c’est-à-dire, des services.

Cela signifie quoi ? Que dans les entreprises de service, même si on a du mal à l’admettre, la « matière première », c’est l’humain.

Alors quand on perd du chiffre d’affaires, quand le secteur est sinistré, on réduit ses coûts, donc les premiers sont la masse salariale, celle-ci n’étant plus aussi nécessaire dès lors que l’activité est en forte réduction.

A cela va s’ajouter le retour d’expérience que les entreprises auront pu constater pendant cette période de confinement, la magie des échanges virtuels, rendant, d’un coup, beaucoup moins indispensables, des locaux vastes et coûteux, des équipements de bureau, des pertes de temps dans les préparations de réunion, les impressions de documents en X exemplaires…

Le monde de l’entreprise va trouver, très rapidement, des moyens pour s’adapter à cette nouvelle donne.

Et, le premier défi sera de reconquérir son marché, tout en sachant, pour la plupart, que ce qui aura été perdu pendant toute la période depuis le 16 mars, le sera définitivement.

Alors, les entreprises pour se sauver vont mettre en place du cost-killing. Réduire, drastiquement tout ce qui n’est pas indispensable. Les fonctions supports (marketing, communication, informatique, web, comptabilité, paie) seront réduites, supprimées, externalisées.

Les dépenses « somptuaires » (publicité, sponsoring, organisation d’événements, team building) suivront la même logique.

Dans les entreprises en difficulté, ou qui vont y entrer, on assiste toujours à cette même logique.

Et lorsqu’on se retrouve « à l’os », alors, le temps est venu d’enclencher une procédure collective. Mais les efforts ont généralement été faits avant.

Nous allons donc assister, dès la fin du confinement, et surtout à partir du mois de septembre, à des licenciements nombreux et à des ouvertures de procédures collectives.

Pour financer les licenciements, beaucoup d’entreprises qui ne pourront le faire faute de trésorerie suffisante pour payer les indemnités légales et conventionnelles et pour survivre le temps de la procédure, iront directement devant le tribunal de commerce.

On ne licencie jamais de gaieté de cœur. Un licenciement pour une entreprise c’est le plus souvent une nécessité, c’est, dans ce cas précis, couper une jambe pour sauver un corps.

Alors attendons nous à vivre cela.

Les chiffres des demandeurs d’emplois en France, déjà parmi les plus élevés en Europe vont exploser. Le régime assurantiel devra donc être revu, avec toujours la même quadrature du cercle infernale : la durée d’indemnisation, la durée de cotisations, le taux des cotisations patronales et salariales.

Gageons que devant l’afflux de nouveaux demandeurs d’emploi, le montant des cotisations salariales et le montant de l’indemnisation ne seront pas ou peu modifiés. Donc, les entreprises seront, une nouvelle fois, mises à contribution.

L’accroissement phénoménal de la dette nationale, l’impact budgétaire des mesures de soutien (chômage partiel, fonds de solidarité, aides aux plus démunis…) pèsera tant sur nos finances publiques que, tôt ou tard, l’addition finale devra être présentée. A qui ?

Notre pays n’a jamais été le dernier, loin s’en faut, pour être inventif en matière de prélèvements de toute sorte.

Rétablissement de l’ISF (certains en parlent déjà), création d’un « super impôt de solidarité », augmentation de la TVA (rappelons qu’un point de TVA représente environ 7 milliards de recettes supplémentaires), augmentation de la CSG…

Une chose est certaine, nous ne sommes pas un pays Africain, donc, notre dette ne sera pas, par enchantement, effacée. Elle devra être payée, et la seule manière de le faire, c’est par l’augmentation des recettes de la nation et/ou la diminution des dépenses.

Mais, la diminution des dépenses publiques est une chimère. Chaque gouvernement s’y engage, chaque gouvernement échoue. D’abord parce que, par le simple jeu de l’inflation les budgets publics augmentent tous les ans. Ensuite, parce que le corporatisme des syndicats de la fonction publique, ou des hauts fonctionnaires de chaque ministère, militent toujours pour une augmentation de leurs moyens.

Enfin, parce que le spectacle navrant de l’état de déliquescence de nos services de santé en cette période, empêche, philosophiquement, toute possibilité de coupe budgétaire. Au contraire diront certains.

Oui, nous augmenterons les moyens et les rémunérations des soignants, des enseignants, des militaires, des forces de l’ordre, de tous ceux qui ont combattu, vaillamment, au front de cette guerre à l’ennemi invisible.

Économiquement, cela revient à dire que non seulement il faudra éponger les coûts engendrés par cette crise, mais poursuivre l’effort pour la fonction publique, la fonction hospitalière, et les fonctionnaires territoriaux. Il faudra sans doute relever le SMIC, pour les salariés précaires qui auront montré le sens de leur dévouement (employés de la grande distribution, éboueurs, ouvriers de l’agro-alimentaire…).

Nous entrerons donc dans une époque d’inflation, celle que nous cherchions il y a encore peu de temps, mais qui sera beaucoup moins maîtrisée. Rappelons-nous de l’effet inflationniste hérité des accords de Grenelle (les vrais accords, par le Grenelle de tout et de rien…).

L’impact économique de cette période et des décisions radicales de confinement et d’arrêt de l’activité va donc entraîner des conséquences sévères pour bon nombre d’entreprises.

Notre Cabinet, nos équipes, notre réseau, seront, tout entier mobilisés pour vous aider à faire face à cette étape, cruciale pour la survie de votre entreprise.

Frédéric NIEL  / Clarisse SAND